Les adultes dyslexiques ont la parole : Camille, la créative épanouie.

Les adultes dyslexiques ont la parole : Camille, la créative épanouie.

À l'occasion de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées, nous avons créé une série de 3 interviews d'adultes dyslexiques, afin qu'ils nous expliquent leur métier et qu'ils expliquent également comment ils ont appris à vivre avec leur handicap au travail ! Le but est de sensibiliser sur le handicap invisible qu'est la dyslexie et de montrer que la dyslexie rime avec réussite et épanouissement. Voici le portrait de Camille.

Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m'appelle Camille Pianel. J'ai 30 ans et je suis une super Dys !

Votre définition de la dyslexie ?

Ma définition de la dyslexie, c'est un remue-ménage d'images dans la tête qui à la fois perturbe énormément, mais à la fois permet d'être ultra créatif

Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre parcours ? 

Comme la plupart d'entre nous, on a découvert ma dyslexie en primaire. Je fais partie du tout début de la génération où on commençait à vraiment découvrir ce qu'était la dyslexie. On me l'a découvert quand même assez tôt au CP, ce qui était nouveau, pour mon âge on va dire.

J'ai fait toute ma primaire dans une école normale et en dernière année de primaire, en CM2, si je ne me trompe pas, on m’a changé d'école et je suis allée dans une école où il y avait une classe vraiment spécialisée où il y avait différents handicaps. En fait, j'étais à la fois dans la classe normale et à la fois dans la classe avec ces handicaps. Et ce qui pourrait être d'une certaine manière très péjoratif pour moi m'a sauvé parce que d'une certaine manière, ça m'a permis de me rendre compte qu'on pouvait être différent et à la fois normal. C'est le moment où, dans ma scolarité, j'ai complètement transformé qui j'étais. Et à côté de ça, dans les matières où je galérais vraiment énormément comme le français, les maths, j'ai eu un suivi vraiment personnalisé. J'avais une prof uniquement pour moi et ça m'a vraiment permis de me remettre au niveau. De me remettre à un niveau correct pour pouvoir rentrer au collège. 

Au collège, j'étais dans un collège où, justement, il y avait une classe vraiment adaptée à la dyslexie et je me suis retrouvée dans une classe avec que des dyslexiques et je me suis retrouvée au premier trimestre de l'année, première de ma classe avec 16 de moyenne. Ça a été incroyable pour moi parce que j'étais toujours dernière, mais la dernière des dernières. Pour vous dire, la personne au-dessus de moi avait pratiquement 10 points de plus que moi sur sa moyenne. Avoir cette transformation en tête, c'était magique. Il y a eu cette transformation parce que d’un coup, je me suis retrouvée avec des gens comme moi et que donc j'étais plus bizarre et j'ai pris confiance en moi et c'est ce qui a fait que j'ai réussi. 

Tout le reste de mon parcours scolaire, j'ai vraiment compris que j'étais différente, mais que ce n'était pas grave et que je pouvais faire avec. Et donc, j'ai fait une STI arts appliquées, aujourd'hui c’est la ST2A. Et donc là, d'un seul coup, je me suis trouvée dans mon élément. Parce que ma meilleure moyenne bien sûr, c'était l'art, et je me suis retrouvée totalement dans mon élément, c'était tellement agréable parce que je pouvais compenser avec des choses que j'aimais. 

J'ai eu mon bac du premier coup et je suis la seule de ma promo à l’avoir eu. Et après et après j'ai eu mon diplôme, diplômée des Beaux-Arts de Lyon en section design textile et je suis sortie major de ma promo avec les félicitations du jury donc c'est que c'est possible !

Quelle profession faites-vous aujourd'hui? Et qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ? 

Je suis designer textile. Je crée des imprimés pour des surfaces, que ce soit textiles, papiers peints ou papeterie ou foulards. Et ce qui m'a amené à faire ça, c’est l'art. Durant mon parcours scolaire, mes professeurs se sont rendu compte que dans tout mon travail, il y avait énormément de répétitions. L'aspect répétitif arrivait très souvent. Je pense que c'est lié aux milliards de milliards de lignes que j'ai dû faire pendant mon enfance ! 

Un jour, j'ai une de mes professeurs qui m'a dit “mais vas voir ce métier, peut-être que ça te plaira”. J'ai tapé “design textile” sur internet et j'ai fait “Oh, je veux faire ça”. 

Après, quand j'ai fait une prépa, j'ai vraiment essayé d'aller vers les écoles qui avaient une section comme ça. En fait, dans le milieu du design textile, il y a plusieurs domaines parce qu'on peut à la fois travailler sur le métier à tisser ou en colorie. On peut travailler dans une entreprise ou en freelance et faire uniquement du dessin. Moi, c'est ce que je fais. Je suis indépendante, je travaille à mon compte chez moi.

Est-ce que vous parlez de votre dyslexie au travail? Est-ce que vous en parlez à votre entourage ?

On va dire que dans ma vie, il y a eu une énorme fracture quand j'ai eu mon diplôme. Parce que l'entrée dans la vie professionnelle a été complètement une nouvelle chose pour moi et je pense que la dyslexie, c'est quelque chose de compliqué, il faut s'adapter.  

Quand j'étais au lycée, en prépa et aux Beaux-Arts. En fait, c'est venu tout seul. J'en ai tout de suite parlé. “Je suis dyslexique, voilà, je fonctionne comme ça, mais problématique c'est ça, ça. J'ai du mal à faire face à ça. Voilà, il faut m'aider sur ces choses là.” Mais ça, ça va. Et ça a marché tout seul et dès le départ, dès le premier jour, j'allais voir tous mes professeurs pour leur expliquer. J'ai réussi à le faire après mes années au collège, en fait, où j'ai réussi à vraiment dire qui j'étais. 

Quand je suis rentrée dans le milieu professionnel, j'avais l'impression de revenir en primaire. Ce n'est pas du tout la même chose qu'à l'école, les objectifs ne sont pas les mêmes quand on travaille tout seul. Je l'ai dit à personne que j'étais dyslexique, à personne. Quand j'envoyais des mails je recevais des réponses en disant “Allez corriger vos fautes, on parlera de votre métier plus tard”. Ces retours me minaient le moral comme pas possible, je pouvais passer une semaine sous la couette, je faisais plus rien parce que ce n'était pas possible. 

Depuis un an, je le dis. Ça a totalement changé mon travail, mais vraiment. Maintenant, sur mes mails, il y a écrit “Il y a peut être des fautes dans ce mail, mais il n'y a pas de fautes dans mes dessins liés à ma dyslexie, merci de votre compréhension.” Quand j'ai commencé à le dire, j'ai des clients qui m'ont dit “Mais si je l'avais su ! Pourquoi tu ne l’a pas dit avant ?” Et c'est vrai que j'aurais pu le dire avant, mais je pense que je n'avais pas cette chance de pouvoir le dire. Le plus important, c'est d'arriver à trouver la force de pouvoir le dire, de la bonne manière, pour que nous, ça ne nous pénalise pas. Parfois, c'est plus facile de le cacher et de prendre des réflexions, que de le dire, parce que c'est plus dur de le dire et de vivre avec. 

Le mot de la fin ? 

Pour moi, la clé de la réussite d'un dyslexique, c'est la confiance en soi. Il n'y a pas d'autres clés ! 


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