Les adultes dyslexiques ont la parole :  David, un dyslexique qui s’assume

Les adultes dyslexiques ont la parole : David, un dyslexique qui s’assume

À l'occasion de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées, nous avons créé une série de 3 interviews d'adultes dyslexiques, afin qu'ils nous expliquent leur métier et qu'ils expliquent également comment ils ont appris à vivre avec leur handicap au travail ! Le but est de sensibiliser sur le handicap invisible qu'est la dyslexie et de montrer que la dyslexie rime avec réussite et épanouissement. Voici le portrait de David.

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m'appelle David j’ai 25 ans, je vis à Paris depuis maintenant 3 ans et j’ai été diagnostiqué dyslexique dès le CP, dès que j’ai commencé à lire et à écrire. Mes parents et professeurs ont tout de suite vu les difficultés que je rencontrais, je suis allé chez l’orthophoniste et j’ai été diagnostiqué dyslexique et dysorthographique.

Votre définition de la dyslexie ? 

Quand j’étais plus jeune, je disais souvent que c’était un grand embouteillage de lettres dans ma tête, toutes les lettres arrivaient en même temps, du coup je ne savais pas lesquelles choisir et du coup je les sortais comme ça, je n'arrivais pas à les sortir les unes après les autres ! C’était une image d’enfant, dans mes yeux d’enfant c’était ça. J’ai quelques exemples, la dernière fois au lieu de dire “ça tire à balles réelles” je disais “ça balle à tirs réels", j’inverse les mots. Mes parents me rappelaient aussi la dernière fois que quand j’étais petit, je voulais lire un maximum de choses pour m’entraîner et, à Paris, il y a une station de métro qui s’appelle “Louvres Rivoli” et j’ai lu assez fort “Louvre Ravioli”, tout le monde s’est mis à rigoler dans le métro !

Quelles difficultés avez-vous connues étant plus jeune avec votre dyslexie ? Comment avez-vous rebondi ? 

Les difficultés que je rencontrais, c’était évidemment dès que j’étais confronté à la lecture ou à l’écriture. La dyslexie on la sent dès qu’on doit prendre un stylo ou lire un texte, c’est ça la dyslexie. J’avais beaucoup de difficultés à comprendre les consignes. Quand je me retrouvais tout seul lors des évaluations, c’était compliqué, je n’arrivais pas à retranscrire ce que j’avais dans la tête.

J’ai dû beaucoup plus travailler que certaines personnes de ma classe. Il fallait absolument que j’écoute attentivement les cours et que je comprenne tout ce que disait le prof, pour être sûr qu’en sortant du cours j’avais compris la totalité de celui-ci. Quand je sortais d’une salle de cours, je me donnais toujours pour objectif d’avoir compris au moins 90% de mon cours. Je voulais être hyper attentif et tout comprendre pendant le cours, car je n’avais aucune difficulté à écouter, mais s’il fallait que je reprenne mes cours le soir, c’était très compliqué ! 

Est-ce qu’il y a des gens qui t’ont aidé ?

Heureusement qu’on m’a aidé ! Mes parents d’abord, ils m’ont toujours soutenu ! Ils me disaient constamment que je n’étais pas bête ! Souvent on peut faire le rapprochement dyslexique et bête, et en fait non c’est pas qu’on est bête ! Mes parents m’ont aidé à aller de l’avant. Ensuite, j’ai eu de la chance d’avoir deux orthophonistes, il y en avait une au primaire et une qui m’a suivi au collège et au lycée, j’ai été suivi par des orthophonistes jusqu’en terminal ! Et en fait, il y avait un vrai échange, elles jouaient un vrai rôle de coach ! Et j’en avais besoin moralement. Parfois je pouvais passer des séances à me confier à elles et cela me faisait du bien ! 

J’avais un tiers temps, pendant un temps ça allait, jusqu’au bac de Français... J’ai eu 5 au bac blanc de Français. Je me souviens qu'on m’avait écrit sur ma copie “il y a plus de fautes que de mots dans votre phrase" ou “il est inconcevable de confondre “ET” E-T et “EST” “E-S-T” à un tel niveau d’étude”. Du coup, avec mes parents et mon orthophoniste, on a monté un dossier à la MDPH pour faire une demande d’AVS pour les examens, je suis passé devant une commission pour avoir une AVS lecteur scripteur pour tous mes examens pour me lire les textes et les consignes, moi je travaillais au brouillon de mon côté et ensuite je leur dicté tout mon devoir de A à Z. J’ai cette aide pour mon bac de français, mon bac, et toutes mes études supérieures, je n’ai pas repassé un examen sans que je dicte mes copies et ça a été l’aide-principale que j’ai eue et c’est ce qui m’a permis de faire des études universitaires.

Après, il y a eu des profs. Au niveau des profs, il y a eu de tout et de rien. Il y a des profs qui n'ont pas du tout compris et qui ne cherchaient pas à comprendre. On leur soumettait des idées pour des notations de dictée par exemple, mais ils ne voulaient rien entendre. Je ne veux pas leur jeter la pierre, beaucoup ne connaissaient pas la dyslexie et n’étaient pas formés. J’ai une prof de sport, parce qu'en sport je n’avais pas à écrire, qui m’a toujours poussé à aller de l’avant, elle m’a poussé à faire des études, à me dépasser ! 

Quelle profession faites-vous aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ? 

Aujourd’hui je suis responsable commerciale et marketing pour une marketplace qui revend des séjours en camping qui s'appelle “Campings.com”. Je m’occupe de toute la partie commercialisation et animation des ventes en BtoB. 

J’ai toujours aimé le tourisme, j’ai toujours voulu travailler dans l'hôtellerie ou dans le tourisme c’est un secteur qui m’a toujours intéressé. J’ai fait un bts puis une licence en marketing touristique où j’ai découvert le marketing, j’ai aimé comprendre comment on devait faire pour pousser les ventes, j’ai fait une alternance et puis m’a boss m’a emmener avec elle chez Campings.com dans ce post qui est challengeant et motivant. J’aime comprendre pourquoi les ventes fonctionnent, ne fonctionnent pas, le challenge des chiffres, toujours aller chercher de nouvelles idées, comprendre les différents marchés. Il faut toujours se remettre en question, surtout aujourd’hui avec le covid.

Parlez-vous de votre dyslexie au travail ? 

Aujourd’hui mes collègues de travail le savent, c'est-à-dire mes deux responsables et les personnes avec qui je travaille. J’ai eu du mal à le dire au début, j’avais honte de le dire. Mon travail est principalement d’écrire des mails donc tout le monde s’en est rendu compte assez rapidement.

Pour l’anecdote, on devait présenter un projet à la DRH, ma sous-cheffe n’avait pas relu ce que j’avais fait et elle a commencé à ouvrir la présentation, elle a vu 1 faute, 2 fautes, 3 fautes, 4 fautes… elle a dit : “Là ça me fait trop mal aux yeux, je ne peux pas lire ça , il y a trop de fautes”, je me suis senti gêné, je ne savais pas ou me mettre. J’ai été voir ma sous-cheffe à la suite de la réunion, “il faut que je te parle, je suis dyslexique et je ne savais pas comment t’en parler” et elle l’a très bien pris, elle m’a dit qu’il fallait lui en parler, car elle voyait que je faisais des fautes, mais elle croyait que c’était que je prenais mon travail à la légère et que je ne me concentrais pas assez. Et après ça a été plus facile, elle savait qu’il fallait vérifier, cela lui a permis de me faire plus confiance, de me donner plus de responsabilités ! Aujourd’hui, je fais moins de fautes. Au lieu de me faire relire, j'essaie d’utiliser des outils et de faire des phrases plus courtes et je me fais juste relire pour les présentations importantes, mais comme pour tout le monde finalement.

Le mot de la fin pour tous les dyslexiques ? 

Il ne faut rien lâcher. C’est un handicap, il n'y a pas de remède miracle, la dyslexie est un handicap donc on ne peut pas claquer des doigts et ne plus être dyslexique. Il faut réussir à s’adapter, à trouver des moyens pour compenser et travailler un peu plus durement. Le mot de la fin fin, c’est que tout ça, ça nous forge aussi, ça nous forge un caractère, ça nous rend plus résistants à la difficulté et c’est, je pense, une des compétences qui est importantes à l’âge adulte, dans le travail on devient de plus en plus persévérant, car on a déjà persévéré avec notre handicap étant plus jeune.


Articles en relation