Les adultes dyslexiques ont la parole - Margot, la passionnée de littérature

Les adultes dyslexiques ont la parole - Margot, la passionnée de littérature

À l'occasion de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées, nous avons créé une série de 3 interviews d'adultes dyslexiques, afin qu'ils nous expliquent leur métier et comment ils ont appris à vivre avec leur handicap au travail ! Le but est de sensibiliser sur le handicap invisible qu'est la dyslexie et de montrer que la dyslexie rime avec réussite et épanouissement. Voici le portrait de Margot.

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m'appelle Margot, je suis dyslexique et j'ai 24 ans.

Quelle est votre définition de la dyslexie ?

Alors, ma définition de la dyslexie, cela serait une différence de perception des lettres, ce qui fait que les personnes dyslexiques interprètent différemment les lettres et le lexique en général. C'est une autre façon de voir les mots, les lettres, de les lire et donc de les interpréter.

Quelles difficultés avez-vous connu étant plus jeune avec votre dyslexie ? Comment avez-vous rebondi ?

J'ai été diagnostiquée dyslexique, assez jeune, quasiment au moment où on apprend à lire, vers mes 6-7 ans. On se doutait déjà qu'il y avait quelque chose quand j'ai appris l'écriture. J'écrivais aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche, ça rendait la lecture difficile. Je n'ai pas tout de suite souffert de la dyslexie parce que je ne m'en rendais pas compte. Je voyais bien que je ne faisais pas comme les autres, mais j'avais l'impression que c'était les autres qui avaient un problème et qui ne comprenaient pas que j'avais raison, en quelque sorte. J'ai aussi toujours voulu aller très vite. Du coup, je n'ai pas tout de suite compris. On a commencé les rendez-vous chez l'orthophoniste. J'avais l'impression de plutôt bien réussir. 

C'est plus tard au collège, où j'ai commencé à vraiment souffrir. Quand j'ai constaté que, par exemple, quand on avait des textes, des questions à faire, je n'arrivais jamais à finir le texte avant les autres. Je n'arrivais jamais à avoir fini le texte au moment où on commençait à corriger et j'ai commencé à me dire qu'il y avait un problème et que je n'étais plus, en quelque sorte, la meilleure. 

J'ai toujours aimé lire. J'ai toujours aimé cet univers que nous offre la lecture. J'ai continué, j'ai persévéré, au niveau de l'orthographe mais ça a été le plus dur parce que je n'arrivais pas. J'avais beau travailler, préparer mes dictées, impossible d'avoir une dictée avec moins de vingt-six fautes d'orthographe. A un moment, j'ai eu un déclic et j'ai commencé à mieux comprendre la langue grâce à mes études de lettres qui m'ont ensuite aidé à remettre la grammaire en place.

C'est étonnant, du coup, de faire des études de lettres en tant que dyslexique.

Oui, c'est marrant, j'étais très scientifique quand j'étais jeune. J'ai commencé un bac S qui allait bien avec mes prédispositions puisque je n'étais pas très douée en orthographe. Ce bac S m'a vite répugné, j'avais besoin de plus de littérature.

J'avais besoin de ce que nous offre les cours de français et j'ai décidé de passer en études de lettres après le bac. J'ai très bien réussi en études de lettres. Ça a été un véritable changement dans ma vie parce que je me suis rendu compte que j'étais douée pour les lettres.

J'ai toujours aimé la littérature et je pense que c'est ce qui m'a permis de m'accrocher et de réussir quand même. J'écrivais beaucoup et j'ai appris à apprécier les cours de français, grâce aux écrits d'appropriation et aux expressions écrites. On devait écrire des histoires et ça, ça a vraiment été une aide pour moi. 

Quelle profession faites-vous aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ?

Aujourd'hui, je suis professeur de français. Ce qui m'a poussé à faire ce métier, ce n’est pas du tout une revanche envers la dyslexie, même si c'est un joli parcours et que pour beaucoup, quand ils apprennent que je suis dyslexique, me disent que c'est une vraie réussite, que j’ai réussi à me venger mais non pas du tout. C'est juste par amour de la littérature. J'ai beaucoup aimé mes études de lettres. J'ai beaucoup aimé travailler avec des jeunes collégiens, notamment, c’est vraiment une vocation

Accompagner les élèves vers l'apprentissage des mots, vers l'apprentissage de la lecture, mais pas que : l'expression de savoir dire à l'écrit, à l'oral. Aujourd'hui, je suis contente de pouvoir dire que je suis dyslexique et professeur de français, parce que ça prouve que rien n'est impossible. La dyslexie n'est pas une fin en soi.

Vous avez des élèves dyslexiques dans votre classe ?

Oui, oui, énormément. Il y a beaucoup de dyslexiques qui sont diagnostiqués et des dyslexiques qui ne sont pas diagnostiqués, mais chez qui on sent un trouble. Malheureusement, aujourd'hui, la dyslexie n'est pas encore assez connue. C'est encore un peu trop stigmatisant d'être dyslexique et beaucoup de parents refusent de faire la démarche, d'aller jusqu'au bout, de faire diagnostiquer et reconnaître la dyslexie de leur enfant par peur, je ne sais pas exactement... des démarches trop longues. Ils n'ont pas la force, ou alors ils pensent que ce n'est pas utile. Mais en tout cas, il y a beaucoup d'élèves qui le sont sans être diagnostiqués. Ça, c'est un véritable problème. 

Et qu'est-ce que vous diriez à ces parents aujourd'hui ? 

Je dirai à ces parents que c'est une façon de reconnaître la difficulté de l'enfant, de l'accepter et aussi de le pousser à aller au-delà ! Tant qu'il ne sera pas reconnu, il aura l'impression qu'il n'est pas à la hauteur, que c'est un mauvais élève alors que ça n'a rien à voir. C'est un véritable handicap et ils n'ont pas le droit aux aménagements alors que ceux qui ont un diagnostic y ont le droit.

Est-ce que tu as parlé de ta dyslexie quand tu es devenu professeur ? 

Pas du tout. Je n'en ai pas parlé. J'avais un petit peu passé sous silence ma dyslexie. Même pendant mes études de lettres, j'avais réussi sans en parler. De toute façon, il n'y a pas vraiment besoin. La grosse difficulté, ça a été le passage de lecture à voix haute. En tant que professeur, on est forcément obligé de savoir lire à voix haute. Je me suis vraiment entraîné pendant des heures sur des textes avec des amis. Ça a été un véritable challenge, mais maintenant, je peux dire que je l’ai fait !  

Aujourd'hui, est-ce que vous êtes épanouie en tant que professeur de français et finalement adulte dyslexique ? 

Oui, aujourd'hui, je pense que je suis épanouie en tant que professeur de français dyslexique et adulte dyslexique. Je pense que c'est quelque chose qui est très dur quand on est dans l'apprentissage. Au final, on met en place des dispositifs par nous-mêmes, on apprend à faire avec et on finit par oublier. 

Même si elle nous ralentit dans certaines démarches. Je pense que le moment où on se rend plus compte, en tant qu'adulte dyslexique, que la dyslexie est toujours là. Particulièrement quand on est fatigué. La fatigue joue un rôle énorme. On va commence à confondre des syllabes. Il devient plus difficile de lire et dans mon métier c'est vraiment la fatigue qui est plus à craindre. Quand je suis au tableau, par exemple, et que je confonds deux syllabes, les élèves sont assez indulgents là-dessus. Ça leur arrive aussi. Ils ne remettent pas en cause un savoir ou quoi que ce soit, mais la fatigue, c'est vraiment là où on voit qu'il y a quelque chose qui est de l'ordre du travail et pas de la spontanéité. 

Le mot de la fin pour tous les dyslexiques ? 

Il faut continuer à persévérer. Il faut continuer le travail. Ça va être long. Ça va être laborieux, mais il y a une fin à tout ça et à un moment, ça finit par devenir automatique. On finit par oublier et ça devient qu’un mauvais souvenir. La lecture est aussi tout à fait envisageable, elle est tout à fait à la portée des enfants dyslexiques !