Neuroatypique : fierté ou fardeau ?

   

L’idée d’une pensée neuroatypique a été popularisée dans les années 90 dans un objectif de déstigmatisation des troubles du développement. Elle est étroitement liée au concept de la neurodiversité, et elle revendique le fait que ces troubles ne sont pas handicapants, mais sont au contraire une manière différente de penser et de comprendre le monde.

Neuroatypique et fier de l’être !

Histoire du mouvement neuroatypique

Dans les années 90, le développement des neurosciences a eu pour conséquence de repenser les comportements humains. Dans la communauté scientifique, le cerveau est devenu le centre des préoccupations pour décrire et comprendre ces comportements. C’est dans ce contexte que Judy Singer, chercheuse en sciences sociales et mère d’une fille autiste, a créé le terme de “neurodiversité”. Il correspond à une vision particulière des troubles développementaux, et autistiques en particulier. Les troubles du spectre autistique (TSA) ne sont plus considérés comme un handicap, mais comme une simple différence, une richesse et une diversité au sein de la pensée humaine. L’autisme ne serait plus un handicap, mais simplement le signe d’une pensée “neuroatypique”. La situation de handicap ne vient plus d’un déficit ou d’un manquement de l’individu. Plutôt qu’un problème d’ordre médical, le handicap est une problématique sociale : c’est la société qui devrait s’adapter aux différences de ces individus, plutôt que de les stigmatiser et de ne pas mettre en valeur leurs forces. Le concept de la neurodiversité a gagné en popularité tout au long de la décennie, et de nombreux autistes se sont reconnus dans ce mouvement neuroatypique.

Qu'est-ce qu'une personne neuroatypique aujourd’hui ?

A l’origine, c’est avant tout les TSA qui sont concernés par le terme “neuroatypique”. Aujourd’hui, certaines personnes atteintes de d’autres troubles se réclament aussi de la neuroatypie. En voici quelques-uns :

  • les troubles “Dys”, troubles cognitifs spécifiques ou troubles de l’apprentissage : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, etc. Les troubles Dys sont considérés comme un handicap depuis la loi sur le handicap de 2005, mais beaucoup de membre de la communauté neuroatypique font remarquer les forces qui y sont associées : grande imagination, capacités de visualisation, débrouillardise, etc.
  • trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ;
  • le trouble bipolaire, la schizophrénie, le syndrome de Gille de la Tourette sont aussi parfois considérés comme faisant partie du spectre neuroatypique par les personnes qui sont touchées.

Il n’existe pas de liste officielle des particularités contenues dans la neuroatypie : beaucoup considèrent que certains de ces troubles n’en font pas partie, alors que d’autres diront qu’il en existe d’autres. C’est un concept qui, encore aujourd’hui, change et évolue.

Les victoires du mouvement neuroatypique

Déstigmatisation

La popularisation des concepts de neurodiversité et de neuroatypie ont permis une importante déstigmatisation d’un grand nombre de troubles.

Les TSA et troubles Dys sont encore considérés comme des handicaps par les institutions internationales. Cependant, ils sont de plus en plus reconnus dans la société, et l’importance des aménagements et des aides nécessaires pour les personnes neuroatypiques devient un sujet social et politique central.

Démocratisation

Ce mouvement de fierté neuroatypique a aussi permis à ces troubles et leurs symptômes d’être bien plus connus par la population. De nombreuses personnes qui ne savaient pas donner de nom à leurs particularités ont pu découvrir qu’elles n’étaient pas seules et qu’il y avait toute une communauté de personnes qui leur ressemblaient. De plus en plus de professeurs et professionnels travaillant avec des enfants savent reconnaître les troubles Dys et cherchent à s’informer sur la dyslexie et d’autres troubles.

Une vision simpliste ?

Une part de la population oubliée

En réalité, les personnes touchées le plus sévèrement par des troubles développementaux sont sous-représentées dans la communauté neuroatypique. Par exemple, les personnes touchées par des troubles autistiques avec retard d’acquisition du langage ou déficit intellectuel sont bien plus rares à se réclamer de la neurodiversité que des personnes avec des troubles Dys légers ou un autisme Asperger. Mettre l’étiquette “neuroatypique” sur tous les troubles développementaux est sans doute trop simpliste, créant un amalgame entre des situations qui ne sont pas toutes comparables. Une dyspraxie sévère, par exemple, empêchera une personne de faire facilement des gestes et activités de tous les jours, comme s’habiller, conduire, etc.

La problématique de la neurodiversité est donc plus complexe qu’une simple opposition entre deux visions du handicap (vision médicale et vision sociale). Les personnes touchées par des troubles plus sévères auront souvent besoin d’être bien plus accompagnées, de suivre des traitements essentiels, etc. Plus problématique encore, la popularisation des concepts de neurodiversité et de neuroatypie font souvent oublier ces cas les plus sévères, alors que ce sont eux qui ont le plus besoin d’être reconnus et accompagnés.

Face aux associations de parents

Le mouvement neuroatypique et ses revendications s’opposent souvent à celles des associations de parents. En effet, tandis que la neuroatypie rejette l’étiquette du handicap, les parents demandent souvent une meilleure prise en charge de leurs enfants en difficulté, la reconnaissance du handicap par les institutions, des aides plus efficaces, etc. Par exemple, l’association francophone de personnes autistes, la SAtedI, créée en 2003, travaille en proximité avec les associations de parents, et ne fait ni référence à la neuroatypie, ni à l’idée de “communauté” neurodiverse.

  

Ainsi, l’existence d’un fonctionnement “neuroatypique” de certains individus fait débat aujourd’hui. Certains demandent à être reconnus comme ayant simplement une manière de penser différente, alors que d’autres, notamment les parents et les personnes avec des troubles sévères, veulent que leur handicap soit mieux reconnu et réclament des aides plus adaptées. Une dyslexie est-elle un obstacle ou simplement un aspect, une particularité de la personne ? Faut-il tout faire pour la corriger ou l’accepter comme une partie de nous-même ? Ces débats et questions sont aujourd’hui plus répandus que jamais, et une véritable prise de conscience a lieu depuis quelques années. On peut espérer que ce contexte permettra la discussion, le débat et du changement positif dans les années à venir.

Neuroatypique : fierté ou fardeau ?

Neuroatypique : fierté ou fardeau ?

   

L’idée d’une pensée neuroatypique a été popularisée dans les années 90 dans un objectif de déstigmatisation des troubles du développement. Elle est étroitement liée au concept de la neurodiversité, et elle revendique le fait que ces troubles ne sont pas handicapants, mais sont au contraire une manière différente de penser et de comprendre le monde.

Neuroatypique et fier de l’être !

Histoire du mouvement neuroatypique

Dans les années 90, le développement des neurosciences a eu pour conséquence de repenser les comportements humains. Dans la communauté scientifique, le cerveau est devenu le centre des préoccupations pour décrire et comprendre ces comportements. C’est dans ce contexte que Judy Singer, chercheuse en sciences sociales et mère d’une fille autiste, a créé le terme de “neurodiversité”. Il correspond à une vision particulière des troubles développementaux, et autistiques en particulier. Les troubles du spectre autistique (TSA) ne sont plus considérés comme un handicap, mais comme une simple différence, une richesse et une diversité au sein de la pensée humaine. L’autisme ne serait plus un handicap, mais simplement le signe d’une pensée “neuroatypique”. La situation de handicap ne vient plus d’un déficit ou d’un manquement de l’individu. Plutôt qu’un problème d’ordre médical, le handicap est une problématique sociale : c’est la société qui devrait s’adapter aux différences de ces individus, plutôt que de les stigmatiser et de ne pas mettre en valeur leurs forces. Le concept de la neurodiversité a gagné en popularité tout au long de la décennie, et de nombreux autistes se sont reconnus dans ce mouvement neuroatypique.

Qu'est-ce qu'une personne neuroatypique aujourd’hui ?

A l’origine, c’est avant tout les TSA qui sont concernés par le terme “neuroatypique”. Aujourd’hui, certaines personnes atteintes de d’autres troubles se réclament aussi de la neuroatypie. En voici quelques-uns :

  • les troubles “Dys”, troubles cognitifs spécifiques ou troubles de l’apprentissage : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, etc. Les troubles Dys sont considérés comme un handicap depuis la loi sur le handicap de 2005, mais beaucoup de membre de la communauté neuroatypique font remarquer les forces qui y sont associées : grande imagination, capacités de visualisation, débrouillardise, etc.
  • trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ;
  • le trouble bipolaire, la schizophrénie, le syndrome de Gille de la Tourette sont aussi parfois considérés comme faisant partie du spectre neuroatypique par les personnes qui sont touchées.

Il n’existe pas de liste officielle des particularités contenues dans la neuroatypie : beaucoup considèrent que certains de ces troubles n’en font pas partie, alors que d’autres diront qu’il en existe d’autres. C’est un concept qui, encore aujourd’hui, change et évolue.

Les victoires du mouvement neuroatypique

Déstigmatisation

La popularisation des concepts de neurodiversité et de neuroatypie ont permis une importante déstigmatisation d’un grand nombre de troubles.

Les TSA et troubles Dys sont encore considérés comme des handicaps par les institutions internationales. Cependant, ils sont de plus en plus reconnus dans la société, et l’importance des aménagements et des aides nécessaires pour les personnes neuroatypiques devient un sujet social et politique central.

Démocratisation

Ce mouvement de fierté neuroatypique a aussi permis à ces troubles et leurs symptômes d’être bien plus connus par la population. De nombreuses personnes qui ne savaient pas donner de nom à leurs particularités ont pu découvrir qu’elles n’étaient pas seules et qu’il y avait toute une communauté de personnes qui leur ressemblaient. De plus en plus de professeurs et professionnels travaillant avec des enfants savent reconnaître les troubles Dys et cherchent à s’informer sur la dyslexie et d’autres troubles.

Une vision simpliste ?

Une part de la population oubliée

En réalité, les personnes touchées le plus sévèrement par des troubles développementaux sont sous-représentées dans la communauté neuroatypique. Par exemple, les personnes touchées par des troubles autistiques avec retard d’acquisition du langage ou déficit intellectuel sont bien plus rares à se réclamer de la neurodiversité que des personnes avec des troubles Dys légers ou un autisme Asperger. Mettre l’étiquette “neuroatypique” sur tous les troubles développementaux est sans doute trop simpliste, créant un amalgame entre des situations qui ne sont pas toutes comparables. Une dyspraxie sévère, par exemple, empêchera une personne de faire facilement des gestes et activités de tous les jours, comme s’habiller, conduire, etc.

La problématique de la neurodiversité est donc plus complexe qu’une simple opposition entre deux visions du handicap (vision médicale et vision sociale). Les personnes touchées par des troubles plus sévères auront souvent besoin d’être bien plus accompagnées, de suivre des traitements essentiels, etc. Plus problématique encore, la popularisation des concepts de neurodiversité et de neuroatypie font souvent oublier ces cas les plus sévères, alors que ce sont eux qui ont le plus besoin d’être reconnus et accompagnés.

Face aux associations de parents

Le mouvement neuroatypique et ses revendications s’opposent souvent à celles des associations de parents. En effet, tandis que la neuroatypie rejette l’étiquette du handicap, les parents demandent souvent une meilleure prise en charge de leurs enfants en difficulté, la reconnaissance du handicap par les institutions, des aides plus efficaces, etc. Par exemple, l’association francophone de personnes autistes, la SAtedI, créée en 2003, travaille en proximité avec les associations de parents, et ne fait ni référence à la neuroatypie, ni à l’idée de “communauté” neurodiverse.

  

Ainsi, l’existence d’un fonctionnement “neuroatypique” de certains individus fait débat aujourd’hui. Certains demandent à être reconnus comme ayant simplement une manière de penser différente, alors que d’autres, notamment les parents et les personnes avec des troubles sévères, veulent que leur handicap soit mieux reconnu et réclament des aides plus adaptées. Une dyslexie est-elle un obstacle ou simplement un aspect, une particularité de la personne ? Faut-il tout faire pour la corriger ou l’accepter comme une partie de nous-même ? Ces débats et questions sont aujourd’hui plus répandus que jamais, et une véritable prise de conscience a lieu depuis quelques années. On peut espérer que ce contexte permettra la discussion, le débat et du changement positif dans les années à venir.


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